Le 12 septembre 1393, Mathieu de Castelbon, successeur de Fébus, vint au château de Montaner pour les cérémonies d’hommage. Les habitants participèrent pour la dernière fois à ce type de cérémonie chez eux ; dès le règne d’Archambaud de Grailly (au début du XVe siècle), ils furent convoqués à Orthez. Ceci suffit à mesurer la perte de prestige de cette forteresse. Les raisons en sont simples.

Le déclin progressif aux XVe-XVIe siècles

En 1425, les rois de France reconnurent officiellement les seigneurs de Béarn comme comtes de Bigorre ; un procès ouvert depuis la fin du XIIIe siècle parvenait à sa conclusion. Montaner n’avait plus besoin de jouer son rôle de place frontière. Puis les Foix-Béarn-Bigorre devinrent à la fin du XVe siècle rois de Navarre et furent couronnés à Pampelune. Le centre de gravité de leurs Etats se déplaça. Le temps de la lutte avec les comtes d’Armagnac était également si bien révolu que les Foix-Béarn-Navarre-Bigorre, également sires d’Albret (dont les possessions s’étendaient dans les Landes et la moyenne Garonne) devinrent comtes d’Armagnac. Cette famille seigneuriale, seule rescapée des grandes maisons féodales de la France médiévale, était maîtresse de l’essentiel du Sud-Ouest. et Montaner désormais à l’écart des zones de friction. En outre, avec l’évolution de l’art militaire, l’emploi de plus en plus massif des canons, la forteresse médiévale apparaissait comme dépassée, inutilisable en cas d’un conflit majeur. Au milieu du XVIe siècle, la plaque tournante de tout le système défensif des rois de Navarre devint Navarrenx construite par des ingénieurs italiens, adoptant des techniques efficaces pour soutenir un siège face à un assaillant disposant d’une puissante artillerie. [……]vielle photo 1

Les guerres de religion furent le point de départ d’un bref renouveau de la fonction militaire du château avant d’en précipiter la ruine. Jeanne d’Albret avait décidé de convertir le Béarn au calvinisme. En ce pays souverain elle était maîtresse du jeu. En Bigorre qui dépendait du royaume de France, elle était moins libre de ses mouvements et pouvait redouter une intervention de troupes françaises catholiques appuyées par la royauté : la vallée moyenne de l’Adour offrait un axe de pénétration idéal en la matière. Dans ces conditions des travaux de réfection furent entrepris à partir de 1564 ; ils se poursuivaient encore au début de 1569, quelques mois avant les événements tragiques qui de mai à octobre couvrirent le Béarn de ruines : une offensive d’une armée royale catholique fut écrasée par une armée protestante, également française, venue au secours du pays souverain envahi. Ce fut ensuite le temps d’Henri de Navarre qui en 1584 devint l’héritier légitime du trône de France. La forteresse médiévale de Montaner ne l’attirait nullement. Il était habitué à demeurer dans des résidences mieux adaptées à la nouvelle vie de cour, palais et non forteresse, comme Nérac ou le château de Pau (l’austère place militaire de Fébus avait été complètement transformée en une agréable résidence depuis Marguerite de Navarre).

Par sa position, Montaner ne lui fut d’aucun secours dans ses guerres pour conquérir le trône de France . Devenu Henri IV de France, Henri de Navarre ménagea quand même ses compatriotes en maintenant, dans un Béarn simplement associé au royaume de France par la personne d’un même souverain, le protestantisme comme religion dominante.
Louis XIII n’avait pas la même vision des choses. Il vint à Pau en 1620 pour incorporer le Béarn à la couronne de France et y rétablir le catholicisme comme religion officielle. Cette intervention fit de Montaner non plus un château simplement délaissé, mais un château en voie de démentèlement. En 1621, quelques seigneurs calvinistes béarnais, irréductibles, avec la complicité du gouverneur, le marquis de la Force, tentèrent de se soulever. Ils prirent comme point d’appui d’anciennes forteresses où ils pensaient pouvoir se retrancher. Ce fut le cas de Montaner. Le gouverneur de Guyenne, le duc d’Epernon, reçut mission de mater le soulèvement. Ses troupes intervinrent à Montaner, prirent d’assaut le château. Ce fut un désastre car elles incendièrent les bâtiments et le village. Avant de se retirer, les hommes d’Epernon rasèrent au sol les bâtiments incendiés. Quand ils partirent la cour intérieure, le rez-de-chaussée du donjon, le village avaient été soit totalement détruits, soit ravagés de façon irrémédiable.

De l’abandon au sauvetage XVIIe-XXe siècles

Confié au Montesquiou-d’Artagnan à partir de 1627 (il demeura dans cette famille jusqu’à la veille de la Révolution) le château fut menacé d’être réduit au seul donjon en 1641. Les Montesquiou avaient obtenu l’autorisation de démolir l’enceinte et de combler les fossés. Mais le Parlement de Navarre se dressa avec vigueur contre une telle décision, les magistrats étant conscients de la nécessité de sauver cette place, partie intégrante du patrimoine béarnais. Ils y réussirent en ordonnant l’installation d’une prison au rez-de-chaussée du donjon qui fut, bien entendu, défiguré à l’intérieur. En 1674, un inventaire des biens de la veuve d’un Montesquiou, une de Gassion, commençait ainsi : « Premièrement je possède ledit château entouré de hautes murailles au dedans desquelles il y a 2 tours, une grande qui sert de prison et l’autre petite, le tout entouré de fossés confrontant de tous côtés avec le chemin public. »

Le château quitta la famille de Montesquiou en 1787 et finit par échouer entre les mains d’un dénommé Duplessy qui l’acheta en 1803 pour 1800 francs. Son but était d’utiliser les bâtiments comme carrière de briques, de tout abattre pour vendre les morceaux comme matériau de construction. Il s’attaqua tout de suite au plus facile à démolir : les parapets et créneaux. Les habitants de Montaner se dressèrent contre ce vandalisme. Comme l’acte de vente prêtait à contestation, la Préfecture appuya le mouvement. Il s’ensuivit un interminable procès marqué, en 1840, par le classement du donjon, et terminé, en 1854, par l’achat des ruines par le Conseil général pour 6000 francs. Il s’agissait en effet de ruines car Duplessy avait continué son œuvre destructive en finissant de démanteler parapets, courtines, contre-forts, en faisant disparaître la petite tour et « une colonne d’environ 7 m. de hauteur se terminant en pointe et qui avait été bâtie à côté de l’axe de la cour intérieure du château et servait à soutenir un moulin à vent. »

photo vielle 2Le Conseil général, propriétaire des lieux, décida, pour justifier son intervention aux yeux des contribuables, d’utiliser le donjon « d’une manière convenable et économique et sans en dénaturer le caractère et sans porter atteinte à sa valeur artistique ». Le rez-de-chaussée, de prison, devint salle de Justice de Paix ; un escalier fut aménagé pour accéder à l’étage où fut installée la mairie. Des travaux furent entrepris en 1856 mais ne furent pas menés à leur terme. Le donjon continuant à être la seule partie classée fit l’objet de diverses opérations de sauvetage : entre 1926 et 1931, remise en état de l’escalier à vis, travaux de la couverture qui fut entièrement refaite avec la charpente en 1938. Le reste, à l’abandon, croulait peu à peu, les fossés étaient en passe d’être comblés ; quant à l’intérieur utilisé comme pâturage, terres et gravats s’y accumulèrent ; le puits fut comblé pour éviter au bétail de se rompre le cou. Petit à petit, lierre et végétation recouvrirent l’ensemble, donjon excepté.photo vielle 2

Le grand sommeil cessa en 1968 avec la naissance de l’association Pierres et Vestiges qui se donna pour première mission de sauver ce qui pouvait l’être encore dans les parties non classées. Son action soutenue avec ferveur par les habitants du village, attire l’attention de la presse du département et du ministère à partir de 1972 quand des chantiers de jeunes bénévoles contribuèrent à l’enlèvement des gravats dans la cour intérieure d’où il fallut enlever des tonnes de déblais. Puis ce fut le nettoyage des fossés, le déblaiement du puits. Une des découvertes les plus spectaculaires fut celle des bases du pont donnant accès au donjon par dessus la douve. Pierres et Vestiges fit mieux encore, en construisant à proximité un four permettant de cuire 6000 briques fabriquées à partir de la même argile que celle utilisée au XIVe siècle ; il était ainsi possible de restaurer certaines paries menaçant ruine. La totalité du site et des bâtiments fut classé et le Conseil général n’hésita pas à consacrer de grosses sommes d’argent, avec le concours du ministère des Affaires Culturelles, pour rénover le donjon dont la dégradation devenait inquiétante. Des travaux, menés sous le contrôle de la Direction générale des Monuments Historiques redonnèrent toute leur beauté aux faces Sud, Nord et Ouest.

Telles furent les principales étapes du destin du château de Montaner sauvé de l’oubli et d’une ruine probable par l’intérêt manifesté par l’opinion publique pour les « vieilles pierres » depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale.

Source: « Le château de Montaner » P. Tucoo-Chala 1984.

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