Fébus fut aussi un écrivain passionné de culture, d’art et de chasse.

Il est notamment l’auteur d’un « LE LIVRE DE CHASSE » ont un exemplaire est à la Bibliothèque Nationale.

Le Livre de chasse fut rédigé, ou plus exactement dicté à un copiste, de 1387 à 1389 par Gaston Phébus, comte de Foix.
Quarante-quatre copies manuscrites du Livre de chasse sont actuellement connues.

Ce livre fait partie de ces rares ouvrages d’enseignement dont la riche illustration est comparable à celle des Bibles.
Il se compose d’un prologue et d’un épilogue encadrant sept chapitres dont les deux premiers, « De la nature des bêtes » et « De la nature des chiens », sont un embryon d’histoire naturelle descriptive.

Pour Gaston Phébus, la chasse (ou vénerie) est un exercice rédempteur, le chasseur (ou veneur), s’il remplit parfaitement son office, toujours en action, s’en ira tout droit au Paradis. Mais auparavant, renforcé par l’exercice de la chasse, il aura mieux vécu et plus longtemps.

Paléographie médiévale:

cours de déchiffrement d’un manuscrit de Gaston Fébus.

 

N’oublions pas non plus le poète Fébus auteur de cette célèbre chanson, chant de raliement de toute la Gascogne:

QUE CANTO

Dejoust ma fenestro,
Y a un aouselou,
Touto la neit canto,
Canto pas per yèou.

Se canto, que canto ?
Canto pas per yèou,
Canto per ma mio
Qu’es al leng de yèou.


Al founso de l’horto
Y a un amelié
Que fa de flous blancos
Coumo de papie.

Aquelos flous blancos
Faran d’amellous
Per rampli las pochos
De yèou e de vous.

Aquelos mountagnos
Que tan hautos soun
M’empachoun de vèire
Mas amours ount soun.

Aquelos mountagnos
S’en abaissaran
E mas amouretas
Se raproucharen.
Sous ma fenêtre,
Il y a un petit oiseau,
Toute la nuit il chante,
Il ne chante pas pour moi..

Traduction

S’il chante, que chante t’il ?
Il ne chante pas pour moi
Il chante pour ma mie
Qui est loin de moi.


Au fond du jardin
Il y a un amandier
Qui fait des fleurs blanches
Comme du papier.

Ces fleurs blanches
Feront des amandes
Pour remplir les poches
Les miennes et les vôtres.

Ces montagnes
Qui sont si hautes
M’empêchent de voir
Mes amours où elles sont.

Ces montagnes
S’abaisseront
Et mes amourettes
Se rapprocheront

La chasse comme art de vivre

« Au nom et en tout honneur de Dieu le créateur et seigneur de toutes choses et de son fils béni Jésus-Christ, et du Saint-Esprit, et de toute la sainte Trinité, et de la vierge Marie, et de tous les saints et saintes qui sont en la grâce de Dieu, je, Gaston, par la grâce de Dieu, surnommé Fébus, comte de Foix, seigneur de Béarn, qui tout mon temps me suis délecté spécialement de trois choses : les armes, l’amour et la chasse. Et comme pour les deux premières, il y a eu de bien meilleurs maîtres que moi, car de bien meilleurs chevaliers ont été que je ne suis, et bien des gens ont eu de plus belles aventures d’amour que je n’en eus, ce serait pour moi sottise d’en parler. Je néglige donc ces deux offices d’armes et d’amours, car ceux qui les voudront suivre comme il faut y apprendront mieux de fait que je ne le pourrais dire en paroles ; et c’est pourquoi je m’en tairai. C’est du troisième office, dont je doute d’avoir eu nul maître, si vaniteux que cela semble, que je voudrais parler, c’est-à-dire de la chasse, et je traiterai par chapitres de toutes les espèces de bêtes que l’on chasse communément, de leurs manières et de leur vie ; car il en est qui chassent les lions, les léopards, les chevaux et les bœufs sauvages, mais de cela je ne veux point parler, car peu les chasse-t-on. Mais des autres bêtes que l’on chasse communément et que les chiens chassent volontiers, j’ai l’intention de parler, pour instruire beaucoup de gens qui veulent chasser et ne le savent faire, quand ils en ont par aventure la volonté.[...]

Ce présent livre fut commencé le premier jour de mai, l’an de grâce de l’Incarnation de notre seigneur que l’on comptait mille trois cent quatre-vingts et sept ; et ce livre ai commencé à cette fin que je veux que chacun sache, qui ce livre lira ou orra, que de chasse, je l’ose bien dire, il peut venir beaucoup de bien. Premièrement, on échappe à tous les sept péchés mortels ; secondement, on chevauche avec plus d’agrément, de hardiesse et d’aisance et l’on connaît mieux tous pays et tous passages ; bref, toutes bonnes coutumes et bonnes mœurs viennent de là, avec le salut de l’âme, car qui fuit les sept péchés mortels, selon notre foi, doit être sauvé. Donc le bon veneur sera sauvé, et dans ce monde il aura assez de joie, de liesse et de plaisir; mais qu’il se garde de deux choses : l’une qu’il ne perde la connaissance ni le service de Dieu de qui tout bien vient, pour la chasse ; l’autre qu’il ne perde le service de son maître ou néglige certains de ses propres intérêts qui peuvent avoir plus d’importance.[...]

Ainsi dis-je que tout le temps du veneur est sans oisiveté et sans mauvaises imaginations et pensées. Et puisqu’il est sans oisiveté et sans imagination, il est sans mauvaises œuvres de péché. Car, comme j’ai dit, oisiveté est fondement de tous mauvais vices et péchés, et le veneur ne peut être oisif, s’il veut bien remplir son office, ni avoir non plus d’autres imaginations ; car il a assez à faire à imaginer et penser à faire son office qui n’est pas petite charge, s’il le veut faire bien et diligemment, surtout s’il est de ceux qui aiment bien les chiens et leur office. Je dis donc que, puisque le veneur n’est jamais oisif, il ne peut avoir mauvaises imaginations, et s’il n’a mauvaises imaginations, il ne peut faire mauvaises œuvres, car l’imagination va devant ; et s’il ne fait mauvaises œuvres, il faut qu’il s’en aille tout droit en Paradis. Par beaucoup d’autres raisons qui seraient bien longues, j’en ferais la preuve, mais celles-là me suffisent, car toute personne raisonnable sait bien que je suis dans la vérité.[...]

C’est pourquoi je loue et conseille à toutes manières de gens, de quelque état qu’ils soient, d’aimer les chiens et les chasses et les divertissements que procurent les bêtes ou les oiseaux ; car jamais je ne vis prud’homme, si riche fût-il, vivre oisif sans aimer le plaisir des chiens ou des oiseaux. Car c’est le fait d’un cœur bien lâche de ne point vouloir travailler. Et s’il y avait nécessité ou guerre, il ne saurait pas ce que c’est, et il faudrait qu’un autre fît ce qu’il devrait faire : car on dit toujours : « tant vaut le seigneur, tant vaut sa gent et sa terre ». Et je dis aussi que jamais ne vis homme aimant le travail et le plaisir des chiens et des oiseaux, qui n’eût en soi beaucoup de bonnes qualités ; car ce lui vient de droite noblesse et gentillesse de cœur, de quelque état que l’homme soit, ou grand seigneur ou petit, ou pauvre ou riche.[...]«

Textes extraits du Livre de chasse de Gaston Phébus.

livre chasse

La symbolique du cerf

La littérature du Moyen Âge abonde en textes de tous genres consacrés aux animaux et inspirés parfois par des sources antiques. Les représentations d’animaux ornent des œuvres manuscrites littéraires, moralisatrices, symboliques ou scientifiques, telles que les fables, les bestiaires, les recueils encyclopédiques ou les traités de chasse. Le cerf, qui est l’un des animaux représenté le plus fréquemment au Moyen Âge, offre un bon exemple de ces figurations diverses.

Le cerf, le gibier le plus noble

Une grande partie des livres et traités de chasse est consacrée au cerf, considéré comme le gibier le plus noble. La description du cerf et de ses mœurs précède l’étude des différentes méthodes de le chasser. Les observations et les descriptions très fidèles des animaux témoignent dans ces traités de chasse d’un véritable souci « naturaliste ». Dans les textes historiques ou littéraires, les épisodes relatés de la vie des rois ou des personnages célèbres sont souvent illustrés par des scènes de chasse au cerf.

Le cerf, entre figuration scientifique et figuration symbolique

Les chapitres dédiés au cerf se retrouvent dans de nombreux bestiaires et compilations encyclopédiques du Moyen Âge. Les auteurs de ces ouvrages, reprenant la description naturaliste des livres d’Aristote et de Pline l’Ancien, accordaient aux animaux des propriétés imaginaires, souvent merveilleuses, qui permettaient de situer chaque animal dans l’univers chrétien et de le charger d’une valeur symbolique et fabuleuse. Ainsi, dans le Physiologus, composé au IIe siècle après J.-C., le cerf est assimilé au Christ ; Bède le Vénérable le comparait au chrétien, Raban Maur à l’homme innocent. Dans la continuité de ces comparaisons, le cerf, et particulièrement le cerf blanc, est devenu dans l’iconographie médiévale le symbole du Christ ou son envoyé. Le Christ en croix est apparu entre les bois d’un cerf à saint Eustache et à saint Hubert ; le cerf a indiqué au jeune Dagobert l’emplacement des tombes de saint Denis et de ses compagnons ; un cerf ou une biche accompagne les saints réfugiés dans le désert ou dans les ermitages (saint Gilles).

Le cerf parmi les animaux de la Création

Des images détachées de tout contexte littéraire représentaient le cerf dans son milieu naturel, parmi les animaux de la forêt, ou dans les scènes de chasse qui faisaient partie de la vie quotidienne au Moyen Âge.
Le cerf figure souvent dans les scènes bibliques, au Paradis, parmi les animaux de la Création dans l’Arche de Noé.
Le cerf est également représenté dans de nombreux épisodes du cycle arthurien.

Le cerf dans les fables

S’inspirant de la tradition antique, les auteurs de fables au Moyen Âge placent leur récit dans le monde animal, ce qui a largement contribué au succès de ce genre littéraire.
Attribuant aux animaux les comportements des hommes, tout en mettant l’accent sur des propriétés spécifiques de chaque animal, telles que la ruse, la force, la malice, les fables en tirent une moralisation qui doit servir d’exemple aux hommes. Si les fables mettent en valeur la beauté du cerf et de ses bois, ce dernier y est souvent la victime.

Le cerf en marge des manuscrits

Outre sa participation aux scènes principales, le cerf figure dans les bordures des manuscrits, où les artistes du Moyen Âge déployaient toute leur fantaisie.
Ainsi, les animaux peuvent y avoir un aspect comique, hybride, voire monstrueux, ou bien parodier les activités et les comportements des hommes.
Des scènes de chasse y sont également représentées, sans rapport avec le sujet du manuscrit.

Le cerf, emblème royal

Le cerf à partir du XVe siècle devient un élément important de l’emblématique royale française : Charles VI fait du cerf ailé (ou « cerf volant ») son emblème de prédilection (ainsi dans le Songe du vieil pélerin dédié au roi par Philippe de Mézières).
Ses successeurs, Charles VII et Louis XII, ainsi que les ducs de Bourbon, le reprennent à leur compte comme support de leurs armes.
À la même époque que Charles VI, le roi d’Angleterre, Richard II, adopte pour badge le cerf blanc reposant sur une terrasse herbue.

Une symbolique millénaire

Le mystère du cerf dépasse depuis toujours, aux yeux de l’homme chasseur, les péripéties de la chasse.

Pierre Moinot en préface à une anthologie du cerf en résume les raisons :

 » Voici donc l’animal porteur d’une forêt de symboles, tous apparentés au domaine obscur de la force vitale. Et d’abord ses bois, par lesquels la nature fait signe : ces deux perches hérissées d’andouillers, façonnées de perlures, rainures, empaumures aux épois aigus, cette ramure dont le nom, la forme et la couleur semblent sortir des arbres et que chaque année élague comme un bois sec, chaque année les refait pour donner la preuve visible que tout renait, que tout reprend vie ; par la chute et la repousse de ces os branchus qui croissent avec une rapidité végétale, la nature affirme que sa force intense n’est qu’une perpétuelle résurrection, que tout doit mourrir en elle et que pourtant rien ne peut cesser.

Aussi a-t-elle lié les bois du cerf à l’élan dont elle est tout entière la pérennité. La profusion de la sève qui les nourrit rejoint en lui la richesse de la semence, de sorte qu’il représente l’immémoriale vigueur fécondante, la puissance d’une inlassable sexualité. Son brame les met en scène d’une façon qui frappe l’imagination des hommes.[...]

Aussi a-t-on pris l’animal comme l’expression de la virilité, et par là de la puissance, puis de la suprématie. Pendant des siècles, cerf et seigneur ont été voués l’un à l’autre, il a été fait « noble », un interdit frappait sa viande, son braconnage était puni de mort. Seuls les rois des hommes pouvaient chasser le roi des forêts.[...]«

Extrait de l’Anthologie du cerf de Jean-Paul Grossin et Antoine Reille avec une préface de Pierre Moinot,
éditions Hatier, 1992.

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