Stances sur une une Dame, dont la juppe fut retroussée en versant dans un carrosse, à la campagne; de Vincent VOITURE (1597-1648).
Par Georges Pécarrère, vendredi 1 septembre 2006 à 00:07 :: Poésie médiévale (ou autre). :: #3 :: rss
Philis, je suis dessous vos loix,
Et sans remede à cette fois,
Mon ame est vostre prisonniere :
Mais sans justice et sans raison,
Vous m'avez pris par le derriere,
N'est-ce pas une trahison ?
Je m'estois gardé de vos yeux
Et ce visage gracieux,
Qui peut faire paslir le nostre ;
Contre moy n'ayant point d'appas,
Vous m'en avez fait voir un autre,
De quoy je ne me gardois pas.
D'abord il se fit mon vainqueur,
Ses attraits percerent mon coeur,
Ma liberté se vit ravie,
Et le méchant en cet estat,
S'estoit caché toute sa vie,
Pour faire cet assassinat.
Il est vray que je fus surpris,
Le feu passa dans mes espris :
Et mon coeur autresfois superbe,
Humble se rendit à l'Amour,
Quand il vit vostre cu sur l'herbe,
Faire honte aux rayons du jour.
Le Soleil confus dans les Cieux,
En le voyant si radieux,
Pensa retourner en arriere,
Son feu ne servant plus de rien ;
Mais ayant veu vostre derriere,
Il n'osa plus montrer le sien.
En découvrant tant de beautez,
Les Sylvains furent enchantez,
Et Zephyre voyant encore
D'autres appas que vous avez ;
Mesme en la presence de Flore,
Vous baisa ce que vous sçavez.
La Rose la Reine des fleurs,
Perdit ses plus vives couleurs,
De crainte l'oeillet devint blesme ;
Et Narcisse alors convaincu,
Oublia l'amour de soy-mesme,
Pour se mirer en vostre cu.
Aussi rien n'est si precieux,
Et la clarté de vos beaux yeux,
Vostre teint qui jamais ne change,
Et le reste de vos appas,
Ne meritent point de loüange,
Qu'alors qu'il ne se montre pas.
On m'a dit qu'il a des defaux
Qui me causeront mille maux,
Car il est farouche à merveilles
Il est dur comme un diamant,
Il est sans yeux et sans oreilles,
Et ne parle que rarement.
Mais je l'aime, et veux que mes vers,
Par tous les coins de l'Univers,
En facent vivre la memoire ;
Et ne veux penser desormais
Qu'à chanter dignement la gloire
Du plus beau Cu qui fut jamais.
Philis, cachez bien ses appas,
Les mortels ne dureroient pas,
Si ces beautez estoient sans voiles ;
Les Dieux qui regnent dessus nous,
Assis là haut sur les Estoilles,
Ont un moins beau siege que vous.
...............................................................................
Vincent VOITURE.
Né à Amiens, le 23 février 1598. Fils d’un marchand de vins en gros, ce dont on le railla souvent, il occupa diverses charges à la cour.
Dans sa jeunesse, il signa Voycture deux pièces, l’une latine, l’autre française, et Voicteur une pièce de vers sur la mort d’Henri IV, qu’il récita, en 1610, comme écolier du collège de Calvi.
Envoyé en Espagne par le duc d’Orléans, frère du Roi, « il fut fort estimé à Madrid, et ce fut là qu’il fit ces vers espagnols, que tout le monde croyait être de Lope de Vega, tant la diction en était pure. » (Pellisson).
Il fit des poésies latines, françaises, espagnoles, italiennes, et a laissé des Lettres. « C’est lui, au reste, dit encore Pellisson, qui renouvela en notre siècle les rondeaux, dont l’usage était comme perdu depuis le temps de Marot. »
Il fut présenté par M. de Chaudebonne à l’hôtel de Rambouillet dont il fut un des oracles et où il excita un enthousiasme inouï avec son sonnet d’Uranie ; il fut admis à l’Académie française le 27 novembre 1634, et il y vint peu.
Sa réputation de bel esprit s’était étendue à l’étranger, et lorsqu’il mourut, l’Académie porta son deuil.
Pellisson, écho de l’opinion de son époque, a dit : « Ses œuvres ont été publiées après sa mort en un seul volume, qui a été reçu du public avec tant d’approbation, qu’il en fallut faire deux éditions en six mois. Sa prose est ce qu’il y a de plus châtié et de plus exact... la lecture en est infiniment agréable. Ses vers ne sont peut-être guère moins beaux, encore qu’ils soient plus négligés. ».
« Voiture, dit Voltaire, donna quelque idée des grâces légères de ce style épistolaire qui n’est pas le meilleur, puisqu’il ne consiste que dans la plaisanterie. C’est un baladinage que deux tomes de lettres dans lesquelles il n’y en a pas une seule instructive, pas une qui parte du cœur, qui peigne les mœurs du temps et les caractères des hommes ; c’est plutôt un abus qu’un usage de l’esprit. C’est le premier qui fut en France ce qu’on appelle un bel esprit. Il n’est guère que ce mérite dans ses écrits, sur lesquels on ne peut se former le goût ; mais ce mérite était alors très rare. On a de lui de très jolis vers, mais en petit nombre ».
Sarasin a écrit une jolie pièce de vers : « La Pompe funèbre de Voiture ».
Sainte-Beuve lui a consacré deux Causeries du Lundi.
Vincent VOITURE est mort le 27 mai 1648.
Mon ame est vostre prisonniere :
Mais sans justice et sans raison,
Vous m'avez pris par le derriere,
N'est-ce pas une trahison ?
Je m'estois gardé de vos yeux
Et ce visage gracieux,
Qui peut faire paslir le nostre ;
Contre moy n'ayant point d'appas,
Vous m'en avez fait voir un autre,
De quoy je ne me gardois pas.
D'abord il se fit mon vainqueur,
Ses attraits percerent mon coeur,
Ma liberté se vit ravie,
Et le méchant en cet estat,
S'estoit caché toute sa vie,
Pour faire cet assassinat.
Il est vray que je fus surpris,
Le feu passa dans mes espris :
Et mon coeur autresfois superbe,
Humble se rendit à l'Amour,
Quand il vit vostre cu sur l'herbe,
Faire honte aux rayons du jour.
Le Soleil confus dans les Cieux,
En le voyant si radieux,
Pensa retourner en arriere,
Son feu ne servant plus de rien ;
Mais ayant veu vostre derriere,
Il n'osa plus montrer le sien.
En découvrant tant de beautez,
Les Sylvains furent enchantez,
Et Zephyre voyant encore
D'autres appas que vous avez ;
Mesme en la presence de Flore,
Vous baisa ce que vous sçavez.
La Rose la Reine des fleurs,
Perdit ses plus vives couleurs,
De crainte l'oeillet devint blesme ;
Et Narcisse alors convaincu,
Oublia l'amour de soy-mesme,
Pour se mirer en vostre cu.
Aussi rien n'est si precieux,
Et la clarté de vos beaux yeux,
Vostre teint qui jamais ne change,
Et le reste de vos appas,
Ne meritent point de loüange,
Qu'alors qu'il ne se montre pas.
On m'a dit qu'il a des defaux
Qui me causeront mille maux,
Car il est farouche à merveilles
Il est dur comme un diamant,
Il est sans yeux et sans oreilles,
Et ne parle que rarement.
Mais je l'aime, et veux que mes vers,
Par tous les coins de l'Univers,
En facent vivre la memoire ;
Et ne veux penser desormais
Qu'à chanter dignement la gloire
Du plus beau Cu qui fut jamais.
Philis, cachez bien ses appas,
Les mortels ne dureroient pas,
Si ces beautez estoient sans voiles ;
Les Dieux qui regnent dessus nous,
Assis là haut sur les Estoilles,
Ont un moins beau siege que vous.
...............................................................................
Vincent VOITURE.
Né à Amiens, le 23 février 1598. Fils d’un marchand de vins en gros, ce dont on le railla souvent, il occupa diverses charges à la cour.
Dans sa jeunesse, il signa Voycture deux pièces, l’une latine, l’autre française, et Voicteur une pièce de vers sur la mort d’Henri IV, qu’il récita, en 1610, comme écolier du collège de Calvi.
Envoyé en Espagne par le duc d’Orléans, frère du Roi, « il fut fort estimé à Madrid, et ce fut là qu’il fit ces vers espagnols, que tout le monde croyait être de Lope de Vega, tant la diction en était pure. » (Pellisson).
Il fit des poésies latines, françaises, espagnoles, italiennes, et a laissé des Lettres. « C’est lui, au reste, dit encore Pellisson, qui renouvela en notre siècle les rondeaux, dont l’usage était comme perdu depuis le temps de Marot. »
Il fut présenté par M. de Chaudebonne à l’hôtel de Rambouillet dont il fut un des oracles et où il excita un enthousiasme inouï avec son sonnet d’Uranie ; il fut admis à l’Académie française le 27 novembre 1634, et il y vint peu.
Sa réputation de bel esprit s’était étendue à l’étranger, et lorsqu’il mourut, l’Académie porta son deuil.
Pellisson, écho de l’opinion de son époque, a dit : « Ses œuvres ont été publiées après sa mort en un seul volume, qui a été reçu du public avec tant d’approbation, qu’il en fallut faire deux éditions en six mois. Sa prose est ce qu’il y a de plus châtié et de plus exact... la lecture en est infiniment agréable. Ses vers ne sont peut-être guère moins beaux, encore qu’ils soient plus négligés. ».
« Voiture, dit Voltaire, donna quelque idée des grâces légères de ce style épistolaire qui n’est pas le meilleur, puisqu’il ne consiste que dans la plaisanterie. C’est un baladinage que deux tomes de lettres dans lesquelles il n’y en a pas une seule instructive, pas une qui parte du cœur, qui peigne les mœurs du temps et les caractères des hommes ; c’est plutôt un abus qu’un usage de l’esprit. C’est le premier qui fut en France ce qu’on appelle un bel esprit. Il n’est guère que ce mérite dans ses écrits, sur lesquels on ne peut se former le goût ; mais ce mérite était alors très rare. On a de lui de très jolis vers, mais en petit nombre ».
Sarasin a écrit une jolie pièce de vers : « La Pompe funèbre de Voiture ».
Sainte-Beuve lui a consacré deux Causeries du Lundi.
Vincent VOITURE est mort le 27 mai 1648.

Commentaires
1. Le vendredi 1 septembre 2006 à 05:17, par Jean-Marc
Ajouter un commentaire