De l’abandon au sauvetage XVIIe-XXe siècles
Confié au Montesquiou-d’Artagnan à partir de 1627 (il demeura dans cette famille jusqu’à la veille de la Révolution) le château fut menacé d’être réduit au seul donjon en 1641. Les Montesquiou avaient obtenu l’autorisation de démolir l’enceinte et de combler les fossés. Mais le Parlement de Navarre se dressa avec vigueur contre une telle décision, les magistrats étant conscients de la nécessité de sauver cette place, partie intégrante du patrimoine béarnais. Ils y réussirent en ordonnant l’installation d’une prison au rez-de-chaussée du donjon qui fut, bien entendu, défiguré à l’intérieur. En 1674, un inventaire des biens de la veuve d’un Montesquiou, une de Gassion, commençait ainsi : « Premièrement je possède ledit château entouré de hautes murailles au dedans desquelles il y a 2 tours, une grande qui sert de prison et l’autre petite, le tout entouré de fossés confrontant de tous côtés avec le chemin public. »
Le château quitta la famille de Montesquiou en 1787 et finit par échouer entre les mains d’un dénommé Duplessy qui l’acheta en 1803 pour 1800 francs. Son but était d’utiliser les bâtiments comme carrière de briques, de tout abattre pour vendre les morceaux comme matériau de construction. Il s’attaqua tout de suite au plus facile à démolir : les parapets et créneaux. Les habitants de Montaner se dressèrent contre ce vandalisme.
Comme l’acte de vente prêtait à contestation, la Préfecture appuya le mouvement. Il s’ensuivit un interminable procès marqué, en 1840, par le classement du donjon, et terminé, en 1854, par l’achat des ruines par le Conseil général pour 6000 francs. Il s’agissait en effet de ruines car Duplessy avait continué son œuvre destructive en finissant de démanteler parapets, courtines, contre-forts, en faisant disparaître la petite tour et « une colonne d’environ 7 m. de hauteur se terminant en pointe et qui avait été bâtie à côté de l’axe de la cour intérieure du château et servait à soutenir un moulin à vent. »
Le Conseil général, propriétaire des lieux, décida, pour justifier son intervention aux yeux des contribuables, d’utiliser le donjon « d’une manière convenable et économique et sans en dénaturer le caractère et sans porter atteinte à sa valeur artistique ». Le rez-de-chaussée, de prison, devint salle de Justice de Paix ; un escalier fut aménagé pour accéder à l’étage où fut installée la mairie. Des travaux furent entrepris en 1856 mais ne furent pas menés à leur terme. Le donjon continuant à être la seule partie classée fit l’objet de diverses opérations de sauvetage : entre 1926 et 1931, remise en état de l’escalier à vis, travaux de la couverture qui fut entièrement refaite avec la charpente en 1938. Le reste, à l’abandon, croulait peu à peu, les fossés étaient en passe d’être comblés ; quant à l’intérieur utilisé comme pâturage, terres et gravats s’y accumulèrent ; le puits fut comblé pour éviter au bétail de se rompre le cou. Petit à petit, lierre et végétation recouvrirent l’ensemble, donjon excepté.
Le grand sommeil cessa en 1968 avec la naissance de l’association Pierres et Vestiges qui se donna pour première mission de sauver ce qui pouvait l’être encore dans les parties non classées.
Son action soutenue avec ferveur par les habitants du village, attire l’attention de la presse du département et du ministère à partir de 1972 quand des chantiers de jeunes bénévoles contribuèrent à l’enlèvement des gravats dans la cour intérieure d’où il fallut enlever des tonnes de déblais. Puis ce fut le nettoyage des fossés, le déblaiement du puits.
Une des découvertes les plus spectaculaires fut celle des bases du pont donnant accès au donjon par dessus la douve. Pierres et Vestiges fit mieux encore, en construisant à proximité un four permettant de cuire 6000 briques fabriquées à partir de la même argile que celle utilisée au XIVe siècle ; il était ainsi possible de restaurer certaines parties menaçant ruine.
La totalité du site et des bâtiments fut classé et le Conseil général n’hésita pas à consacrer de grosses sommes d’argent, avec le concours du ministère des Affaires Culturelles, pour rénover le donjon dont la dégradation devenait inquiétante. Des travaux, menés sous le contrôle de la Direction générale des Monuments Historiques redonnèrent toute leur beauté aux faces Sud, Nord et Ouest.
